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EXTRAIT DU LIVRE  (De la survie à la Vie) ©


  

 Chapitre 1


J’ai quinze ans et c’est l’Enfer

 

Je suis née en 1965, et je suis attendue. Mon père est fou de joie d’avoir une petite fille. Notre petite famille est unie, les grands parents de chaque côté se connaissent, une famille classique en somme, avec des Noëls ensemble… et tout et tout.

Je suis une enfant très sensible, rêveuse, et très en amour avec les chats.

Deux ans après ma naissance, maman est enceinte de mon frère et là, le couple commence à se fissurer. Faille qui ne fera que se creuser au cours des années. J’ai neuf ans lorsque mes parents décident de divorcer. Conséquence : mon frère et moi, nous nous retrouvons à l’internat.

Tout cela va très vite, trop vite...

Du jour au lendemain, nous quittons notre belle maison de Bonlez. Une maison dont le nom me fait rêver : « Crin Blanc ». Et bien « Crin Blanc », c’est fini. Et fini aussi le spaghetti partagé en famille le vendredi soir au Panorama sur la place de Wavre. Fini papa qui vient nous chercher à l’école, pour ensuite prendre maman au bureau avenue Louise avant de nous rendre à la maison. Finis les jeux avec ma chatte Duchesse, qu’on laisse à Bonlez. Finis aussi les jeux avec son petit Mortimer, qu’on laisse aussi derrière nous, sans même me demander mon avis ! Finies mes grimpades dans les arbres. Finies mes conversations avec Joséphine la grenouille le soir devant le garage.

Au mois de janvier, je me retrouve à Uccle dans une école privée, en internat. Je ne connais personne. Je ne vois plus mes parents chaque jour comme « avant ». Je me sens seule. Je suis triste.

J’ai neuf ans et je n’aime pas cette école où je dois changer de linge et de vêtements seulement les mercredis et vendredis.

Moi, j’ai envie de changer de linge tous les jours et de m’habiller à ma façon.

À l’adolescence, un autre internat. Celui de la commune de Forest, où je passe toute cette étape de ma vie. Mon frère, lui, est placé dans un autre internat pour garçons.

Tout bascule dans le chaos pendant cette période.

Maman travaille dans une grande agence publicitaire comme chef de production. Elle est licenciée. Après la perte de son travail, elle commence à boire de plus en plus.

J’ai quinze ans. Un vendredi, je rentre de l’internat pour passer le week-end chez maman. C’est l’enfer. Maman est allongée sur le sofa, elle ne s’est pas lavée depuis une semaine.

La purée faite le week end précédent est en train de pourrir dans les casseroles. Une odeur âcre de whisky John Haig et de tabac fort de Gauloises bleues flotte dans tout l’appartement.

Dégoût !

J’ai envie de hurler. Je ne hurle pas, je retiens mon cri, c’est comme ça. Maman est devenue alcoolique ! Alors, je fais les courses, je m’occupe de la lessive, je nettoie l’appartement, je prépare les repas. Seule. C’est lourd. Seule, oui. Mon père nous soutient matériellement. Il n’a aucune conscience des dégâts qu’une maman psychologiquement malade peut occasionner sur de jeunes enfants.

D’ailleurs dans cette famille, personne n’est conscient de ce qui se passe vraiment, ou bien sont-ils dans le déni ? Quant à mon frère, laissé à lui-même, je ne le vois plus beaucoup, il fugue, vole, se drogue, squatte des maisons avec des jeunes comme lui.

Moi, je souffre de voir ma mère se détruire sous mes yeux. J’aimerais la sauver, lui donner un peu de ma vie à moi pour qu’elle aille mieux. Mais le peut-elle, et surtout le veut-elle vraiment?

Je ressens une souffrance sans nom, aigüe, terrible, je me sens tellement seule et si désespérée. Je tiens le coup pourtant. Je me cuirasse pour me protéger. Et ça marche. Mes « cuirasses » de protection sont solides et fonctionnent bien, car je suis incapable de reconnaître ce qui se passe vraiment à cette étape de ma vie. Si je le fais, je vais m’écrouler complètement, voire mourir. C’est trop dur, alors je me suradapte.

J’ai honte, je n’ose pas parler de ce que je vis à mes amies de l’internat.

Je me cache pour pleurer, pour être sûre que personne ne devine ce que je vis avec ma mère. J’ai honte, tellement honte…

Je ne raconte pas grand chose à mon père. J’éprouve de la honte, même face à lui. Honte de parler de ce qui se passe là-bas, dans l’appartement de ma mère. Il sait que ma mère boit, mais il ne se sent pas “responsable”.

Pendant les week-ends que je passe chez lui, mon sentiment de « survie » se trouve en veilleuse. Il a une compagne à l’époque, très féminine, qui adore danser et s’habiller. Chez eux, j’oublie la lourdeur des week-ends maternels.

 


A SUIVRE...

 

 

Chapitre 13


La transformation du système familial

 

 

J’ai quitté ma position de sauveuse dans le système familial que j’avais à mon adolescence. Au fil du chemin, j’ai quitté mon rôle de parent et j’y ai repris une place juste. J’ai laissé à chacun le choix de reprendre sa place.

En 2002, mon frère est sorti de prison et mon père a enfin pris sa place de père auprès de lui.

Pendant deux ans, il s’est beaucoup occupé de son fils et a vécu la relation qu’il aurait dû vivre avec lui en tant qu’enfant.

Mon frère a quitté la prison où il faisait des aller retour depuis dix ans, avec des rechutes assez importantes dans la drogue. Pendant ces deux années, il a vécu seul, il a rangé et nettoyé son appartement, alors qu’avant il en était incapable, ayant été pris en charge de longues années par les institutions pénitentiaires.

Toutefois, son processus intérieur d’autodestruction n’a pas été traité à la base, et il est retourné en prison.

Il a malgré tout beaucoup évolué pendant cette période.

Je ressens un immense chagrin pour tout son potentiel qu’il n’a pas pu exprimer jusqu’à présent. C’est avec un regard plein de compassion que je vois un être dans son enfermement intérieur et extérieur, dans une double prison.

Guy Corneau nous a dit un jour lors d’une conférence : « Que sais-tu du chemin qu’une personne prend pour se retrouver elle-même ? Certains prennent des détours, passent par l’auto destruction, par la maladie, par un divorce. Qui sait ? ».

Avril 2012 – Mon frère est sorti de prison le 23 janvier 2012 après six années d’enfermement.

Un mois avant sa sortie, je traverse de grosses névroses, j’ai des frayeurs terribles, j’ai peur que mon frère débarque dans mon appartement à sa sortie, drogué, qu’il vole les personnes âgées de mon immeuble. Des projections certes mais je me sens terrorisée.

Mon père est aussi fort angoissé, je lui annonce que je ne vais pas le porter, ni lui, ni mon frère. C’est une traversée douloureuse, il est important de se faire aider par des professionnels. Mon père n’y croit pas, c’est son choix et je le respecte. De mon côté, j’ai l’impression de laisser mon vieux costume de sauveuse, comme une cuirasse dont je n’ai plus besoin pour survivre.

Ma psychanalyste m’accompagne bien dans cette traversée plus qu’inconfortable.

Pour me protéger, je raconte à ma famille que je suis en plein déménagement, je ne donne pas la nouvelle adresse. J’appelle la police et je suis rassurée de savoir qu’ils peuvent très rapidement intervenir si mon frère débarque à l’improviste chez moi.

Je me donne de la sécurité, celle que je n’ai pas pu m’offrir adolescente, la seule protection que je me suis trouvée à l’époque était de m’enfermer dans ma cuirasse de protection en béton armé.

Je sens que mon frère en sortant de prison me fait prendre conscience d’une prison intérieure faite d’angoisses bien enfuies, d’une cuirasse que je n’avais pas encore libérée.

Je ne vais pas le chercher à la sortie de prison, je donne une conférence le soir et je laisse mon père prendre son rôle en charge.

Le lendemain matin, j’appelle mon frère qui se trouve à l’hôpital, mon père lui ayant trouvé une place pour l’aider à se sevrer de ses médicaments.

Ce que je vis alors est inattendu. Mon frère me dit : « je me sens tellement mal par rapport à toutes ces conneries que j’ai faites, je ne peux même pas pleurer ». A ce moment précis, je sens que toutes nos cuirasses s’ouvrent en même temps, touchant ainsi une douleur profonde et commune, spontanément nous nous mettons à pleurer ensemble.

Il me dit ; « tu es tellement compatissante », je lui réponds : « nous avions la même maman, je reconnais tes souffrances, elles sont les mêmes que les miennes », et je rajoute « nous ne sommes pas ici pour te juger ».

En disant cette phrase, je ressens comme une présence christique à nos côtés, c’est étrange.

La suite, je n’aurais même pas osé la rêver, mon frère choisit de ne plus consommer ni alcool, ni drogue et ceci sans accompagnement.

Grande leçon d’humilité pour moi, c’est comme si tout son chemin intérieur il l’avait fait en prison.

Je retrouve mon frère que j’ai quitté alors que j’avais neuf ans, lorsque nos parents nous ont placés à l’internat.

Puis à l’adolescence, ses choix différant des miens, (moi j’avais envie d’étudier, lui pas), nos chemins s’étaient éloignés.

Aujourd’hui, je retrouve mon frère, je ressens nos Ames très proches, je l’appelle tous les jours, ah ! Que ça nous fait du bien.

Je lui glisse que nos ancêtres sont artistes et que je ressens son Ame être celle d’un artiste, il me dit : « France, cool, laisse-moi me poser je verrais au fur et à mesure ce que je ressens ».

Trois mois plus tard, il me dit qu’il est allé chercher un livre à la bibliothèque pour apprendre à dessiner les perspectives, et qu’il a envie d’aller suivre des cours à l’académie de dessin et de musique.

Ce n’est pas beau, ça ? Et pourtant…